ambatoabo-distribution de riz aux pauvres

La pauvreté est grandissante

Bonjour à tous,

Comme dans toutes les Communautés, les religieuses de Farafangana Sacré Cœur s’occupent des pauvres venant frapper à leur porte. Ce n’est pas rare de payer les frais d’hospitalisation de malades démunis de tout, précise Sœur Odile. Sans argent, tu ne rentres pas dans un hôpital public. On a coupé le pied à un éleveur après lui avoir volé son troupeau. Cet homme a aujourd’hui tout perdu et se retrouve gravement blessé, sans argent. Heureusement pour lui, les Sœurs sont à ses côtés pour le soulager psychologiquement et financièrement. D’autres éleveurs et propriétaires fonciers, victimes de vols de leur troupeau et blessés, sont dans l’obligation de vendre leurs terres pour payer les frais d’hospitalisation. Ils ont tout perdu et certains quittent leur village pour aller grossir les rangs des démunis en ville. Ces violences et ces vols inacceptables, quelques fois perpétrés de connivence avec l’armée ou la police, ont non seulement des conséquences dramatiques pour les familles victimes, mais la rareté du lait local s’accentue encore en parallèle avec la disparition des attelages.

Le Centre d’Ambohigogo, situé à 34 km à l’ouest de Farafangana, est relié à cette ville par une piste en terre par endroit défoncée. Le dispensaire de la Communauté, dans ce petit village retiré, est très apprécié de la population régionale. De petites cases permettent l’hospitalisation de certains patients faibles et nécessitant un suivi médical. Les tuberculeux logent également dans une maison en bois proche du dispensaire durant leur traitement. Le confort y est par contre rudimentaire. Une simple natte sépare les planches des lits aux malades décharnés. Un devis pour l’achat de matelas est en préparation.

Moteur pétaradant et polluant, c’est toujours un moment particulier de se rendre à Tangainony en canot. L’alimentation du moteur en gasoil s’effectue par un tuyau bricolé relié à un jerrican pendu au plafond de l’embarcation alors que le refroidissement de l’engin est assuré par l’eau puisée dans le fleuve. Un jeune adolescent rempli régulièrement un autre bidon suspendu en dessus de la mécanique. Six litres d’eau /minute sont nécessaires pour garantir le bon fonctionnement du tout, ce qui représente environ 1’000 litres au terme de l’épopée de deux heures quarante cinq minutes.

La pauvreté est ici grandissante, m’explique Sœur Jacqueline, infirmière. Les femmes enceintes n’ont pas l’argent pour accoucher à l’hôpital et mettent au monde leur enfant à domicile. Dès qu’un problème survient, c’est souvent le drame et la maman laisse sa famille orpheline. Aujourd’hui, le dispensaire de la Communauté accueille 55 orphelins. Les médicaments de « Pharmacie Humanitaire Internationale » envoyés par RES sont d’un grand secours et Sœur Jacqueline me prie de transmettre ses remerciements à tous les acteurs de ces précieux dons.

Ce lundi de Pâques, les moteurs des canots font silence. C’est en pirogue que je regagne Farafangana. Il est 04.00 h., le ciel est étoilé avec une pleine lune, la pirogue glisse sur l’eau aux chants des oiseaux. L’air pur, le calme, la nature verdoyante, quoi de plus divin, de plus reposant ?

Ce matin, 160 pauvres attendent ici à la Communauté d’Ambatoabo leur ration de riz hebdomadaire. Avec les lépreux, les tuberculeux, ce sont 13 sacs de 50 kg de riz consommés par semaine. Le nombre de nécessiteux ne diminue pas avec l’arrivée ce matin de 4 jeunes orphelins accompagnés de leur grand-maman. Le père est en traitement psychiatrique et la maman est morte avec son bébé lors de l’accouchement. L’argent nécessaire à l’achat de ce produit alimentaire de base est difficile à trouver, m’explique Sœur Téodora, responsable du Centre. Quelques dons privés spontanés sauvent parfois la situation.

Au plaisir

François

PS : excellente nouvelle pour le Centre d’Ambatoabo qui vient de recevoir sa lettre d’agrément après plusieurs mois de labeur et de pénibles tracasseries administratives.

farafangana-ambatoabo-4 petits orphelins

farafangana-ambatoabo-4 petits orphelins

Moramanga-Ambatondrazaka-ça passera...

L’ouverture d’une classe secondaire, une aubaine pour les jeunes.

Bonjour à tous,

La région d’Ambatondrazaka, située au nord-est de la capitale, est considérée comme le grenier de riz du pays. Le grain, fin et d’excellent goût, ne se gorge pas d’eau en le cuisant et ne colle pas. L’exploitation de bois, à la vue des innombrables camions chargés de grumes équarries à la hache quittant la province, est également importante. Les meules à charbon en combustion, composées de petits bois d’eucalyptus, embaument ça et là l’atmosphère.

La route d’accès, rénovée et en bon état il y a deux ans, s’est considérablement dégradée. Le taxi-brousse de service a mis 9 heures pour parcourir les 158 km séparant Morondava à Ambatondrazaka. Les « nids d’éléphants » et les ornières ont fait leurs apparitions sous les charges incontrôlées des innombrables camions. Devant chaque pont, nombreux dans la région, un panneau de signalisation indiquant 25 tonnes maximales, est compréhensible en toutes les langues. Pourtant, d’immenses semi-remorques cinq essieux passent par là, pneus ployant sous la charge atteignant gaiement les 60 tonnes. La police est bien présente, plus de dix postes sur le parcours. Les gestes galants des hommes en uniformes pour arrêter le trafic, contrôler les papiers et même le passeport, paraissent d’une maîtrise totale de la situation ! Mais voilà, quand l’intérêt privé passe avant celui de la collectivité, rien ne peut fonctionner. Comment progresser dans une telle anarchie ?

Les Sœurs Vocationnistes à Manakambahiny ont, pour la première année, ouverts une classe secondaire de 30 élèves dans leur Centre en plus de l’école primaire introduite en 2011, année de la fondation de la Communauté. Autrefois, dans cette région rurale, beaucoup d’enfants ne fréquentaient pas l’école avant l’arrivée des religieuses, en raison principalement de l’éloignement d’un centre scolaire. L’ouverture  d’une classe secondaire est une aubaine pour la grande majorité des jeunes qui, auparavant terminait leur scolarité en primaire.

La Communauté est pauvre, raison pour laquelle le groupe produisant l’électricité du Centre est actionnée très rarement en raison du prix élevé du gasoil. Sœur Esther, responsable des lieux, me dit avoir mauvaise conscience de consommer chèrement de l’électricité alors que tant de gens ne mangent pas à leur faim. Un petit projet d’installation de panneaux solaires sera prochainement à l’étude.

A Ambatondrazaka, Sœur Luciana, infirmière des prisonniers malades, m’emmène visiter la prison. Cette dernière a pris l’initiative d’améliorer le lieu de vie des 38 femmes actuellement emprisonnées. Le fond de la petite cour intérieure, autrefois en terre, est aujourd’hui bétonné et propre. Des armoires à casiers ont été confectionnées pour entreposer les habits qui anciennement jonchaient le sol. Les 5 mamans accompagnées de leur bébé dorment dans un local à part, sur des lits. Malgré cela, me confie une détenue, l’absence de liberté est pénible à supporter, surtout le soir où la pénombre occupe les lieux à partir de 18 h. La pitance quotidienne se limite à 100 grammes/jour de manioc cuit à l’eau. Les prisonnières privilégiées reçoivent occasionnellement  un peu de nourriture de leur famille.

De passage à Antananarivo avant de voyager sur la côte est, un chauffeur de bus urbain me dit qu’il débute son travail le matin à 04.00 h. et le termine à 19.00 h., ceci du lundi au samedi. Travailler 15 heures par jour lui rapporte 10’000 Ariarys, soit environ 2,6 €. Ici à la capitale, son salaire quotidien lui permet d’acheter 5 kg de riz ou 800 grammes de viande de poulet. Et quel temps lui reste-t-il pour s’occuper de sa famille ou pour ses loisirs ? De plus dans ce brouhaha, ces embouteillages interminables, cette poussière, cette atmosphère irrespirable, sa santé payera le prix cher.

Belle semaine.

François

Moramanga-Ambatondrazaka-ça passera...

Moramanga-Ambatondrazaka-ça passera…

Moramanga-Ambat.-admirer le contrôleur au dessus du talus

Moramanga-Ambat.-admirer le contrôleur au dessus du talus

Moramanga-Ambat.-meule à charbon en préparation

Moramanga-Ambat.-meule à charbon en préparation

Charette

Merci pour vos dons !

chers bienfaiteurs,

nous avons la joie de vous communiquer que nous avons eu la charrette acquise grâce à votre soutien matériel. la voici déjà au travail. nous tenons à vous remercier pour ce don précieux.

Dieu vous bénisse

les soeurs ursulines d’Andraikiba

Charette

Charette

ananjary-Ambatolambo-physiothérapeute engagée au centre de rééducation.

Un travail remarquable pour améliorer le quotidien des pauvres

Toutes les Sœurs de la nouvelle Communauté des Filles de la Charité à Mahavoky-Nord sont exceptionnellement en déplacement durant cette semaine. C’est à Mananjary que j’ai l’opportunité de rencontrer Sœur Irma, la responsable du Centre. L’ensemble des pièces administratives est à jour, seul reste le sceau du Centre à y apposer.

C’est en 2016 que la maison des Sœurs a été construite dans ce village retiré d’environ 3’000 habitants situé à 60 km au nord-ouest de Mananjary. On peut s’y rendre par voie fluviale en 10 heures (5 h. de canot et 5 h. de pirogue) ou avec un véhicule tout-terrain. La durée du trajet par voie terrestre varie entre 4 à 8 heures, selon les périodes. En saison des pluies, il arrive même d’être isolé du monde durant quelques jours. Les visites médicales s’effectuent provisoirement dans le bureau et le parloir de la résidence des religieuses avant qu’un dispensaire voit le jour. A part la présence d’un peu de culture maraîchère et d’élevage, de petites exploitations de pépites d’or font légion. Les revenus sont généralement faibles, mais les dangers sont grands. Dernièrement, cinq personnes ont été ensevelies suite à l’effondrement de galeries. Le sol est fertile, mais il n’est pas dans les traditions de cultiver des légumes. Les Sœurs donnent des semences, instruisent  et encouragent la population à entretenir un jardin potager ou à élever de la volaille, des porcs, des bovins. Six familles pauvres profitent de parcelles de terre offertes gracieusement par la Communauté. En parlant de traditions malgaches, il en est qu’il serait souhaitable d’oublier à jamais, à l’image des enfants jumeaux abandonnés par leurs parents dans cette contrée. L’histoire dit que lors d’une révolution, un enfant jumeau aurait pleuré alors qu’il était réfugié dans une grotte en compagnie d’un grand nombre de personnes ; l’ennemi les repéra et toutes auraient trouvé la mort.

La région est riche en forêts de bambous que la population néglige; là aussi, les Sœurs s’activent à mettre en valeur ce produit naturel intéressant. Les villageois consomment généralement de l’eau impropre provoquant beaucoup de maladies intestinales ou des bilharzioses. Un puits a été construit au centre du village par les Sœurs afin d’enrayer ces affections.

Un travail remarquable a donc déjà été réalisé par cette Communauté qui s’investit corps et âme pour améliorer le quotidien de ces campagnards humbles, nécessiteux.

A la Communauté de Mananjary Ambatolambo chez les Sœurs Petites Servantes du Sacré Cœur, un centre de rééducation pour enfants infirmes vient de voir le jour. Cette structure est très appréciée par les parents de ces jeunes qui jusqu’ici étaient livrés à eux-mêmes.

François

 

Un peu d’histoire…

Ouvert officiellement à la navigation en 1901, le canal des Panganales  devint une voie fluviale de 665 km s’étendant de Foulpointe à Farafangana sur la côte sud-est de l’île. Ces gigantesques travaux effectués dans des lieux marécageux infestés de crocodiles permirent l’ouverture de cette voie de communication et de naviguer en toute tranquillité contrairement aux passages risqués sur les eaux tumultueuses de l’Océan Indien. Par manque d’entretien, ce canal devint progressivement obstrué par les jacinthes d’eau qui l’envahisse.  Aujourd’hui les gros bateaux ne passent plus et son usage est désormais exclusivement local et touristique.

Mananjary-maisons de pauvres

Mananjary-maisons de pauvres

Manajary-maman handicapée ayant perdu ses jambes.

Manajary-maman handicapée ayant perdu ses jambes.

Mananjary-canal des Pangalanes.

Mananjary-canal des Pangalanes.

Mananjary-Fianarantsoa-taxi-brousse...-il y a toujours encore une petite place.

Mananjary-Fianarantsoa-taxi-brousse…-il y a toujours encore une petite place.

Mananjary-Ambatolambo-un petit patient du centre de rééducation

Mananjary-Ambatolambo-un petit patient du centre de rééducation

ananjary-Ambatolambo-physiothérapeute engagée au centre de rééducation.

ananjary-Ambatolambo-physiothérapeute engagée au centre de rééducation.

Mananjary-Sr Irma-responsable de la Communauté de Mahavoky.

Mananjary-Sr Irma-responsable de la Communauté de Mahavoky.

vangaindrano-l'hopital public

Isolés, abandonnés à leur sort

Ranomena est situé à 42 km de Vangaindrano. Cette petite bourgade campagnarde est reliée à la capitale régionale par une piste en très mauvais état. L’accès d’arrivée au village est si endommagé, détérioration provoquée par l’érosion de l’eau entre de gros blocs, que deux véhicules tout-terrain sont en réparation, bloqués sur place. Même les caïds de la moto ont des difficultés à franchir les obstacles, même sans passager, seuls sur leur engin.

Isolés, abandonnés à leur sort, les habitants de cette région sont pour la plus grande majorité très pauvres. Ils vivent principalement de l’élevage et de l’agriculture. Cette pauvreté extrême provoque malheureusement des débordements et des mauvaises conduites. Sœur Philomène, responsable de la Communauté, m’informe qu’une famille de huit personnes a été la proie des voleurs ; on les a dépouillés de tout, jusqu’à leurs vêtements. Elles se sont retrouvées intégralement nues dans la rue. Les voleurs de zébus font également légion dans la région et découragent les éleveurs à poursuivre leur gagne-pain.

Avant de quitter Vangaindrano, je me suis rendu à l’hôpital rendre visite à la fille sauvagement agressée par son ex-ami dans la nuit du 5 avril dernier. Ses graves blessures laisseront d’importantes cicatrices, mais ses jours ne semblent heureusement plus en danger. Les conditions de séjour sont difficiles ; huit patients occupent la même chambre, non ventilée, malgré la chaleur étouffante. Ce sont de simples lits et lorsque le malade alité n’a pas la force de se tenir assis, un membre de la famille se place dos à dos avec ce dernier. En sus du problème médical, le souci de beaucoup de familles pauvres, c’est de trouver l’argent nécessaire pour financer l’hospitalisation et les frais d’achat des médicaments. Il n’y a aucune assurance ; il faut emprunter. Il arrive que des usuriers demandent des taux d’intérêts exorbitants et la famille mettra des années à rembourser sa dette.

Belle semaine.

François

ranomena-soeurs-philomene pascaline et marie-therese

ranomena-soeurs-philomene pascaline et marie-therese

ranomena-la  maison d'accueil

ranomena-la maison d’accueil

Vangaindrano-Natacha victime d'une agression sur son lit d'hôpital

Vangaindrano-Natacha victime d’une agression sur son lit d’hôpital

Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

La cloche de l’église sonne, c’est ici une tradition lors d’événements graves.

Bonjour à tous,

Rendre visite aux Sœurs Filles de la Charité à Manantenina est toujours particulier en raison de l’état de la route et le passage de cinq bacs. Malgré la restauration d’un premier tronçon, il faut tout de même 9 heures en moto pour parcourir les 158 km qui sépare ce village à Vangaindrano. Les Sœurs sont très appréciées dans ce village retiré et pauvre, en raison principalement des terres peu fertiles. La roche pointe souvent son nez en surface du sol. Depuis quelques mois, quatre familles très pauvres bénéficient de petites maisons en bois financées par les religieuses. Le petit dispensaire de la Communauté a une très bonne réputation. Sœur Véronique remercie infiniment RES pour l’envoi des médicaments.

La soirée dans cette petite bourgade est très calme avant que des pluies diluviennes tambourinent violemment sur les tôles, juste en dessus de la chambre de la Communauté que je partage avec le pilote de la moto, Raymond. Le retour vers Vangaindrano sur cette piste en terre détrempée s’annonce difficile. Après un départ retardé en raison d’une panne de moteur, la succession de grandes flaques d’eau sur la chaussée est impressionnante avec les pluies toujours aussi abondantes. La vitesse de croisière est plutôt lente jusqu’au moment où la progression s’arrête nette dans une mare de quelques 50 m2, profonde. La roue avant bloque dans le bourbier et nous voilà les deux en position horizontale dans cette eau trouble. Quelques petites égratignures insignifiantes, mais le moteur de la moto, mon appareil photo et mon portable n’ont pas trop apprécié la baignade !! La journée est terminée pour la moto qui sera chargée sur une rare camionnette qui passa par là. Cette piste est vraiment redoutée puisque le jour précédent seuls quatre véhicules nous ont croisés en neuf heures de trajet.

Raymond poursuit la route vers Vangaindrano en compagnie des sympathiques occupants malgaches de la camionnette alors que moi-même je m’arrête à Manambondro visiter le Centre des Sœurs Missionnaires de l’Evangile arrivée en ces lieux en 2013, suite au départ des Pères Diocésains. 250 enfants fréquentent l’école maternelle et primaire gérée par la Communauté. L’internat accueille 30 enfants orphelins issues de familles très pauvres. Sœur Sidonie remercie RES pour le financement des frais de scolarité de 15 élèves et pour des médicaments. Sœur Edia, infirmière diplômée, collabore étroitement avec le médecin de l’hôpital public dans l’attente d’une autorisation d’ouverture du dispensaire.

Il est deux heures lorsque l’on frappe à ma porte pour m’aviser qu’il y a des blessés à transporter à l’hôpital à Vangaindrano avec le véhicule du Père Johannes et que je peux l’accompagner. En fait, deux femmes victimes sont gravement blessées. La plus jeune, 21 ans, a quitter son compagnon qui a perdu la tête. Muni d’une machette, ce dernier la blesse profondément au cou et au bras, alors que la maman, accourt secourir sa fille, a les jambes tailladées de toutes parts et perd beaucoup de sang. Sœur Edia administre les premiers soins et pose une poche de Sérum à chaque victime. Ce petit hôpital ne possède pas de réserve de sang. La cloche de l’église sonne, c’est ici une tradition lors d’événements graves. Quelques 2 à 300 personnes entourent le véhicule 4×4 à son départ à 03.30 h. Les violentes secousses se succèdent sans interruption. « L’ambulance malgache » s’embourbe ; il faudra 15 minutes pour sortir du piège. Les gémissements des blessées sont bouleversants. L’aiguille reliant la poche de Sérum de la maman s’arrache sous l’effet des chocs. A mi-parcours, c’est la stupeur ; la maman vient d’émettre son denier souffle. Sa fille à ses côté implore « maman je t’aime, ne me quitte pas ». Il est 08.40 h., les portes de l’hôpital s’ouvrent après 58 km de calvaire.

Jamais un voyage ne fut si long et éprouvant émotionnellement.

La défunte, 39 ans, héroïne d’avoir protégé sa fille, fera son dernier voyage de retour en compagnie des anges.

François

manant-manambondro-4x4 malgache

manant-manambondro-4×4 malgache

Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

manantenina-une maison de pauvres financée par la communauté

manantenina-une maison de pauvres financée par la communauté

Manantenina-l'école publique

Manantenina-l’école publique

Manantenina-mon pilote raymond

Manantenina-mon pilote raymond

manantenina-le dispensaire du centre

manantenina-le dispensaire du centre

 

farafang-un pauvre lépreux

Retour à Madagascar – la pauvreté est grandissante

Chers amis(es)

Me voici à nouveau à Madagascar pour un séjour de deux mois. En continuels déplacements dans une grande partie de l’île (la 5ème plus grande au monde), le temps passe agréablement vite. Les malgaches sont sympathiques et accueillants malgré leur grande pauvreté (90% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 1.5€/jour). Cette misère, alliée au chômage massif des jeunes particulièrement, est fâcheusement le terreau de vols et de violence en recrudescence.

Voici le résumé de quelques visites de Communautés que j’ai le privilège de rencontrer régulièrement sous l’égide du RES, « Réseaux des Entrepreneurs Solidaires » (www.entrepreneurs-solidaires.ch).

Comme dans toutes les Communautés, les religieuses de Farafangana Sacré Cœur s’occupent des pauvres venant frapper à leur porte. Ce n’est pas rare de payer les frais d’hospitalisation de malades démunis de tout, précise Sœur Odile. Sans argent, tu ne rentres pas dans un hôpital public. On a coupé le pied à un éleveur après lui avoir volé son troupeau. Cet homme a aujourd’hui tout perdu et se retrouve gravement blessé, sans argent. Heureusement pour lui, les Sœurs sont à ses côtés pour le soulager psychologiquement et financièrement. D’autres éleveurs et propriétaires fonciers, victimes de vols de leur troupeau et blessés, sont dans l’obligation de vendre leurs terres pour payer les frais d’hospitalisation. Ils ont tout perdu et certains quittent leur village pour aller grossir les rangs des démunis en ville. Ces violences et ces vols inacceptables, quelques fois perpétrés de connivence avec l’armée ou la police, ont non seulement des conséquences dramatiques pour les familles victimes, mais la rareté du lait local s’accentue encore en parallèle avec la disparition des attelages.

Le Centre d’Ambohigogo, situé à 34 km à l’ouest de Farafangana, est relié à cette ville par une piste en terre par endroit défoncée. Le dispensaire de la Communauté, dans ce petit village retiré, est très apprécié de la population régionale. De petites cases permettent l’hospitalisation de certains patients faibles et nécessitant un suivi médical. Les tuberculeux logent également dans une maison en bois proche du dispensaire durant leur traitement. Le confort y est par contre rudimentaire. Une simple natte sépare les planches des lits aux malades décharnés. Un devis pour l’achat de matelas est en préparation.

Moteur pétaradant et polluant, c’est toujours un moment particulier de se rendre à Tangainony en canot. L’alimentation du moteur en gasoil s’effectue par un tuyau bricolé relié à un jerrican pendu au plafond de l’embarcation alors que le refroidissement de l’engin est assuré par l’eau puisée dans le fleuve. Un jeune adolescent rempli régulièrement un autre bidon suspendu en dessus de la mécanique. Six litres d’eau /minute sont nécessaires pour garantir le bon fonctionnement du tout, ce qui représente environ 1’000 litres au terme de l’épopée de deux heure quarante cinq minutes.

La pauvreté est ici grandissante, m’explique Sœur Jacqueline, infirmière. Les femmes enceintes n’ont pas l’argent pour accoucher à l’hôpital et mettent au monde leur enfant à domicile. Dès qu’un problème survient, c’est souvent le drame et la maman laisse sa famille orpheline. Aujourd’hui, le dispensaire de la Communauté accueille 55 orphelins. Les médicaments de « Pharmacie Humanitaire Internationale » envoyés par RES sont d’un grand secours et Sœur Jacqueline me prie de transmettre ses remerciements à tous les acteurs de ces précieux dons.

Ce lundi de Pâques, les moteurs des canots font silence. C’est en pirogue que je regagne Farafangana. Il est 04.00 h., le ciel est étoilé avec une pleine lune, la pirogue glisse sur l’eau aux chants des oiseaux. L’air pur, le calme, la nature verdoyante, quoi de plus reposant ?

Au plaisir

François

 

PS : la poudre de lait suisse, gérée dans les pays destinataires par notre association et d’autres ONG, a sauvé des dizaines de milliers d’enfants et de malades depuis plus de cinquante ans. Malheureusement, notre gouvernement a décidé de stopper cette aide, de grande réputation internationale, en 2019. L’équivalent en valeur de ce précieux lait sera versé au PAM (Programme alimentaire Mondiale), grand organisme dont les frais généraux sont colossaux. RES ainsi que d’autres institutions d’entraide travaillent bénévolement. Comment comprendre une telle décision qui mettra en péril la vie de milliers d’innocents ?

Farafangana-tangainony-pont imposant démuni de ses barrières

Farafangana-tangainony-pont imposant démuni de ses barrières

Farafangana-transport de viande bio

Farafangana-transport de viande bio

Farafangana-tangainony-la machinerie du canot

Farafangana-tangainony-la machinerie du canot

 

farafangana-tangainony-les occupants du canot

farafangana-tangainony-les occupants du canot

Ambohigogo-un lit d'un tuberculeux

Ambohigogo-un lit d’un tuberculeux

ambohigogo-la maison des tuberculeux

ambohigogo-la maison des tuberculeux

Faraf.-Ambatoabo-distribution de riz aux pauvres

Faraf.-Ambatoabo-distribution de riz aux pauvres

manakara une maman et son bebe en attente du lait

Constamment à l’écoute des cris de détresse

Bonjours à tous,

Le voyage, pour parcourir en taxi-brousse les 495 km qui séparent Antananarivo à Manakara, a duré 17.00 h. Les pertes de temps ont été nombreuses aux arrêts lors de la formation de « colonnes » réunissant un grand nombre de véhicules à l’entrée des parcours désignés « zones rouges ». Cette façon de procéder augmente sensiblement la sécurité face aux dangers d’attaque de voitures par des voleurs.

En rentrant dans la cour de la Communauté des Sœurs Filles de la Charité à Manakara, c’est une cinquantaine de mamans pauvres accompagnées de leurs enfants qui attende la distribution du lait offert par la Confédération suisse. La fourniture de ce précieux aliment nutritif disparaîtra malheureusement totalement dès la fin de l’année en cours. Cette décision incompréhensible de l’Autorité helvétique est inquiétante pour l’avenir. « Beaucoup d’enfants et d’adultes dénutris ont été sauvés jusqu’ici grâce au lait » précise Sœur Emmérentienne, responsable de la Communauté. « Qu’adviendra-t-il de ces pauvres innocents dans la futur ? »

Les Sœurs  restent constamment à l’écoute des cris de détresse des laisser pour compte à l’image de cette maman de sept enfants abandonnée par son mari et atteinte de paludisme sévère. Les enfants sont âgés de 2 mois à 11 ans. La Communauté assure l’existence des enfants et règle les frais d’hospitalisation et de guérison de la maman. Durant ma visite, une autre jeune maman démunie a frappé à la porte après avoir marché douze kilomètres à pieds avec son enfant d’un an, gravement handicapé par un « bec de lièvre ». Le nourrisson est incapable de profiter du lait maternel. Cet état de fait provoque de fortes douleurs à la poitrine de la maman. Il faut agir vite précise Sœur Emmérentienne, car cette situation peut provoquer un cancer des seins. A cette heure tout est réglé : la maman sera hospitalisée et le bébé opéré dès que possible.

En raison de la fête couronnant la béatification de Lucien Botovasoa du 14 au 17 avril prochain à Vohipeno, j’ai modifié mon planning de voyage afin de ne pas entraver l’engagement considérable des religieuses de l’évêché pour cette manifestation exceptionnelle. En quelques mots qui était Lucien Botovasoa, né en 1908 et mort martyr (on lui a tranché sa tête) en 1947 . Il a vécu toute sa vie de laïc marié, père de famille, instituteur catholique, engagé à tout donner aux autres, comme un vrai apôtre de la charité et de la foi. Il fut « le juste, l’homme de la vérité et de la simplicité du cœur » comme le disent encore les gens de Vohipeno.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Geneviève me relayera comme « ange gardien » de quatre Communautés des Filles de la Charité dans la région de Vohipeno à savoir ; Tanjomoha, Lucien Botovasoa, Andemaka M. Immaculée et Andemaka foyer enfants handicapés. Bon vent et beaucoup de plaisir à toi Geneviève.

Je passe actuellement faire mes adieux au Père Emeric et à toutes les religieuses de ces quatre Centres dont j’ai eu un énorme plaisir à partager leur joie et leurs difficultés durant six ans.

François

manakara une maman et son bebe en attente du lait

manakara une maman et son bebe en attente du lait

manakara preparation du lait

manakara preparation du lait

manakara-soeur emmerentienne la maman et son bebe

manakara-soeur emmerentienne la maman et son bebe

Manakara un bec de lièvre bien prononcé

Manakara un bec de lièvre bien prononcé

tanjomoha-gestion exemplaire du lait par soeur beatrice

tanjomoha-gestion exemplaire du lait par soeur beatrice

tanjomoha-confection de bancs pour la béatification de L Botovasoa

tanjomoha-confection de bancs pour la béatification de L Botovasoa

Moramanga-Ankazobe-petit groupe d'enfants orphelins

De grands coeurs

Bonsoir à toute et tous,

Ce qui frappe toujours, en arrivant à l’hôpital des Sœurs Petites Servantes du Sacré Cœur de Jésus à Moramanga, c’est la magnifique verdure entretenue avec professionnalisme par les jardiniers du Centre. Des milliers de plantes arboricoles, arbustives, buissonnantes, florales décorent le complexe hospitalier. De plus, un grand nombre d’arbres fruitiers et un potager permettent de récolter des fruits ainsi que des légumes frais pour le bonheur des patients. Les promenades, au calme, le long des allées à chacune unique de par leurs diversités, permettent aux lépreux, aux tuberculeux, aux malades convalescents de récupérer des forces physiques et mentales gracieusement.

Tous les malades n’ont pas la même chance à l’image de Francia, 16 ans, en fin de vie suite à des complications rénales et sanguines. Comment accepter de quitter ce monde si jeune ? Francia a décidé de demander d’être baptisée et de remettre son âme aux mains de Dieu.

La menuiserie du Centre, très bien équipée et organisée, occupent 13 menuisiers. Cette structure financièrement bénéficiaire permet d’équilibrer le budget du Centre hospitalier et de la Communauté. Socialement, offrir des emplois dans ce pays au nombre incalculable de chômeurs sans revenus, permet aux familles de ces ouvriers de vivre décemment.

 Chez les Sœurs Petites Filles du Sacré Cœur de Moramanga, 110 enfants orphelins ou issus de familles monoparentales très pauvres gambadent, pour la plupart pieds nus, dans la cour de la Communauté. En fait, seuls trois enfants ont encore leur papa qui ne les ont pas quittés.

Fabrio a été abandonné par ses parents à l’âge de deux ans. Il dormait dans le marché, puis devant la cathédrale où une Sœur l’a repéré et l’a emmené à la Communauté. Après quelques semaines, ce petit garçon a été confié à une famille unie. A la maison comme à l’école, cet enfant intelligent était très indiscipliné et fuguait régulièrement pour dormir au marché. A quatorze ans, il a été frappé à la porte du séminaire dans le désir de devenir prêtre. Mais ses démons ne l’ont pas si vite abandonnés et partait encore régulièrement dans le cadre de vie de sa petite enfance. A présent, il gagne un peu d’argent en portant de l’eau ou des bagages. Son argent non utilisé pour manger, il le porte aux Sœurs qui le place en épargne. Ici à la Communauté, il a trouvé son « nid » et sa maturité va grandissante.

Sœur Gemma, responsable de la Communauté, a encore beaucoup d’histoires tristes et touchantes d’enfants abandonnés, accueillis dans leur Centre. Cette Congrégation est pauvre, mais son accueil, son cœur est grand. Chaque matin un verre de lait et un peu de pain attendent ces jeunes comme à midi du riz à la cantine scolaire. RES est là pour les soutenir.

Moramanga parc de l'hopital

Moramanga parc de l’hopital

Moramanga-Francia 16 ans en fin de vie

Moramanga-Francia 16 ans en fin de vie

Moramanga Atelier de menuiserie

Moramanga Atelier de menuiserie

Moramanga pas d'hierbicide

Moramanga pas d’hierbicide

Moramanga entrée de l'hopital

Moramanga entrée de l’hopital

Moramanga-Ankazobe-petit groupe d'enfants orphelins

Moramanga-Ankazobe-petit groupe d’enfants orphelins

Moramanga-Ankazobe-Sr Gemma-Sr Victorine et une petite orpheline

Moramanga-Ankazobe-Sr Gemma-Sr Victorine et une petite orpheline

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Ambohimirary-Soeur-Angiola offre des tricots.

Vents dévastateurs, pluies diluviennes … mais les soeurs oeuvrent sans relâche.

Bonsoir à tous,

Voici quelques infos de Mada où un cyclone traverse actuellement le pays. Il se situe principalement au nord-est de l’île. Ici à Tana, les vents ne sont pas dévastateurs, mais les pluies sont diluviennes.

 Le Centre de Soavimbahoka fait office de lieu de rassemblement et de convalescence des Sœurs Filles de la Charité. Les jeunes filles en formation résident également ici.

L’édifice est beau et bien entretenu, mais le quartier est malheureusement le théâtre de fréquents vols et agressions. Certaines personnes ont même été prises en otage et relâchées après le paiement d’une rançon.

Malgré cela, les Sœurs œuvrent sans relâche à améliorer le sort des pauvres et à collaborer étroitement avec le Père Pedro, homme ayant sauvé des milliers de personnes de la misère. Actuellement, environ 19’000 jeunes fréquentent ses écoles, de la crèche à l’université, gérées par ce religieux hors du commun.

 Passé le portail de la Communauté d’Ambohimirary à Antananarivo, j’aperçois déjà au loin Sœur Angiola, 80 ans, traversant la cour au rythme d’une sportive de 20 ans. Infatigable et toujours optimiste, cette religieuse se déplace à vitesse grand V de la salle de consultation médicale à la visite des miséreux de ce quartier pauvre, sans électricité, de la capitale. Elle ne part jamais les mains vides ; son sac est toujours rempli de riz, de pain, de fruits… Je l’accompagne, avec Sœur Lydie rendre visite à Solange, jeune fille de 20 ans handicapée des deux jambes et clouée au sol suite à une grave maladie génétique. Son papa est mort accidenté et sa maman va effectuer quelques lessives à l’extérieur pour survivre. Solange vit avec sa maman, son frère et sa sœur cadets dans une pièce de 6 m2. Lorsqu’il pleut abondamment, sur ce versant pentu, l’eau rentre par la fenêtre. Et pourtant, le prix de location mensuel (35’000 Ar soit environ 10 €) absorbe la moitié du revenu de la famille. Solange est sans travail, sans aucun revenu, les journées sont interminablement longues. Elle ne peut tricoter, mais lorsque nous lui avons posé la question si la couture lui conviendrait, ses yeux ont rayonné.

Nous allons donc faire le nécessaire pour procurer une machine à coudre manuelle et tout le nécessaire pour que cette personne sans défense trouve sa dignité et la joie de subvenir quelque peu aux besoins financiers de la famille. En cas de besoin, me confie Sœur Angiola, des couturières bénévoles lui viendront en aide.

Il y a quelques mois, une fille handicapée a été retrouvée dans la cour de la Communauté. La maman a laissé un billet dans le col de son chemisier en mentionnant qu’elle s’appelait Fanilo et qu’elle n’était plus en mesure de s’occuper d’elle. Fanilo est très intelligente et souriante. Tout a été entrepris pour la mettre en confiance et régler les problèmes légaux. Suite à cela, elle a été placée chez les Sœurs Filles de la Charité à Ambatondrazaka, centre spécialisé pour la garde d’enfants handicapés.

Beau dimanche et belle semaine.

François

Soavimbahoaka des Soeurs souriantes malgré les difficultés

Soavimbahoaka des Soeurs souriantes malgré les difficultés

Ambohimirary-Solange handicapée ses petits frères et soeur-Soeur Angiola

Ambohimirary-Solange handicapée ses petits frères et soeur-Soeur Angiola

Ambohimirary-Fanilo-handicapée abandonnée dans la cour de la Communauté

Ambohimirary-Fanilo-handicapée abandonnée dans la cour de la Communauté

Soavimbahoaka maison d'accueil des Soeurs

Soavimbahoaka maison d’accueil des Soeurs

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