François à Mada – Les soeurs filles de la charité sont généreuses avec ceux qui ont faim

De Beraketa, il n’y a pas de taxi-brousse pour Antanimora. Mais aujourd’hui c’est la chance ; une heure d’attente au bord de la route et je peux me diriger vers ma prochaine destination, Antanimora en voiture 4×4 d’un aimable voyageur. A 6 heures le matin, neuf enfants de chœur et une centaine de personnes participent à la messe matinale avec une ferveur exemplaire. Plus les gens sont pauvres, plus la prière est pour eux une « nourriture ». Les traditions dans ce pays sont malheureusement indestructibles ; les parents de cette contrée obligent leurs filles adolescentes à se marier à 12-13 ans pour obtenir en échange des zébus appartenant aux parents du marié. Les familles avec de nombreux enfants font également parties des traditions. Un homme, père de 34 enfants vit avec 4 femmes ; il n’a pas un sou. Ici la sécheresse persiste et les cactus commencent à manquer pour les affamés assujettis à cette nourriture. La Communauté accueille 50 enfants dans son orphelinat, des mamans trop affaiblis par la famine décèdent en couche.

Sœur Claudia me montre une maison délabrée d’une surface au plancher d’environ 24 m2 où demeurent 30 personnes. Comment vivre décemment dans de telles conditions ? Une fois par semaine, des personnes nécessiteuses venant de la brousse reçoivent 4 kg de riz de la part de la Communauté et du lait pour leurs nourrissons. 

Pour me rendre à Ambovombe, j’ai l’opportunité de trouver une place dans le camion-car venant d’Antananarivo via Fort-Dauphin. Les passagers ont déjà voyagé deux jours et deux nuits non-stop, serrés à ne pas pouvoir coincer un petit livre entre deux personnes. Quatre heures sont nécessaires pour parcourir les 63 km de chemin de terre qui séparent

Antanimora à  Ambovombe. Contrairement au nord de la région appelée « Androy », le dernier cyclone a bien humecté la terre en profondeur ; une bonne récolte est enfin espérée après trois ans de disette due à la sécheresse. En 2020, beaucoup d’animaux sont morts de faim et de soif. A l’image des autres Communautés, les Sœurs d’Abovombe aident et entourent les plus déshérités en distribuant de la nourriture et en les entourant moralement et spirituellement. 

Aucun taxi-brousse régional n’est partant aujourd’hui pour Tsihombe. Le véhicule privé dans lequel j’ai l’opportunité de me déplacer tombe en panne, mais le chauffeur-mécanicien l’a remis en vie avec un outillage qu’une poche de pantalon n’a pas de difficulté à contenir. Il faut préciser que les véhicules ont la vie dure sur cette route nationale no 10, transformée en piste défoncée, reliant Fort-Dauphin à Tuléar. 

Les Sœurs Filles de la Charité gèrent un dispensaire très fréquenté par la population de toute la région. Sœur Immaculada, infirmière diplômée, 87 ans est en pleine forme, travaille encore tous les matins au dispensaire en compagnie de Sœur Florence. Depuis peu, le sida a malheureusement fait son apparition dans la contrée ; des habitants de la région revenant de zones touristiques infectent la population. C’est en moyenne 4 à 5 nouveaux cas positifs enregistrés quotidiennement. La Communauté est généreuse envers les gens qui ont faim ; 500 élèves bénéficient de la cantine scolaire et un programme nutritionnel spécial est en activité pour 30 nourrissons, 80 enfants et 136 vieillards et personnes dénutris. Le chômage est important, particulièrement chez les jeunes.  Un projet visant à créer des places de travail est à l’étude. Il s’agit de mettre en valeur le sisal, plante très fibreuse à croissance rapide, abondante dans la région, très résistante à la sécheresse. Ce matériau polyvalent permet de fabriquer des chapeaux, des tapis, des sandales…  Le plus difficile, évoque Sœur Emma, c’est de changer les mentalités, de rendre chaque citoyen responsable et entreprenant.  

Belle fin de semaine

François