Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

La cloche de l’église sonne, c’est ici une tradition lors d’événements graves.

Bonjour à tous,

Rendre visite aux Sœurs Filles de la Charité à Manantenina est toujours particulier en raison de l’état de la route et le passage de cinq bacs. Malgré la restauration d’un premier tronçon, il faut tout de même 9 heures en moto pour parcourir les 158 km qui sépare ce village à Vangaindrano. Les Sœurs sont très appréciées dans ce village retiré et pauvre, en raison principalement des terres peu fertiles. La roche pointe souvent son nez en surface du sol. Depuis quelques mois, quatre familles très pauvres bénéficient de petites maisons en bois financées par les religieuses. Le petit dispensaire de la Communauté a une très bonne réputation. Sœur Véronique remercie infiniment RES pour l’envoi des médicaments.

La soirée dans cette petite bourgade est très calme avant que des pluies diluviennes tambourinent violemment sur les tôles, juste en dessus de la chambre de la Communauté que je partage avec le pilote de la moto, Raymond. Le retour vers Vangaindrano sur cette piste en terre détrempée s’annonce difficile. Après un départ retardé en raison d’une panne de moteur, la succession de grandes flaques d’eau sur la chaussée est impressionnante avec les pluies toujours aussi abondantes. La vitesse de croisière est plutôt lente jusqu’au moment où la progression s’arrête nette dans une mare de quelques 50 m2, profonde. La roue avant bloque dans le bourbier et nous voilà les deux en position horizontale dans cette eau trouble. Quelques petites égratignures insignifiantes, mais le moteur de la moto, mon appareil photo et mon portable n’ont pas trop apprécié la baignade !! La journée est terminée pour la moto qui sera chargée sur une rare camionnette qui passa par là. Cette piste est vraiment redoutée puisque le jour précédent seuls quatre véhicules nous ont croisés en neuf heures de trajet.

Raymond poursuit la route vers Vangaindrano en compagnie des sympathiques occupants malgaches de la camionnette alors que moi-même je m’arrête à Manambondro visiter le Centre des Sœurs Missionnaires de l’Evangile arrivée en ces lieux en 2013, suite au départ des Pères Diocésains. 250 enfants fréquentent l’école maternelle et primaire gérée par la Communauté. L’internat accueille 30 enfants orphelins issues de familles très pauvres. Sœur Sidonie remercie RES pour le financement des frais de scolarité de 15 élèves et pour des médicaments. Sœur Edia, infirmière diplômée, collabore étroitement avec le médecin de l’hôpital public dans l’attente d’une autorisation d’ouverture du dispensaire.

Il est deux heures lorsque l’on frappe à ma porte pour m’aviser qu’il y a des blessés à transporter à l’hôpital à Vangaindrano avec le véhicule du Père Johannes et que je peux l’accompagner. En fait, deux femmes victimes sont gravement blessées. La plus jeune, 21 ans, a quitter son compagnon qui a perdu la tête. Muni d’une machette, ce dernier la blesse profondément au cou et au bras, alors que la maman, accourt secourir sa fille, a les jambes tailladées de toutes parts et perd beaucoup de sang. Sœur Edia administre les premiers soins et pose une poche de Sérum à chaque victime. Ce petit hôpital ne possède pas de réserve de sang. La cloche de l’église sonne, c’est ici une tradition lors d’événements graves. Quelques 2 à 300 personnes entourent le véhicule 4×4 à son départ à 03.30 h. Les violentes secousses se succèdent sans interruption. « L’ambulance malgache » s’embourbe ; il faudra 15 minutes pour sortir du piège. Les gémissements des blessées sont bouleversants. L’aiguille reliant la poche de Sérum de la maman s’arrache sous l’effet des chocs. A mi-parcours, c’est la stupeur ; la maman vient d’émettre son denier souffle. Sa fille à ses côté implore « maman je t’aime, ne me quitte pas ». Il est 08.40 h., les portes de l’hôpital s’ouvrent après 58 km de calvaire.

Jamais un voyage ne fut si long et éprouvant émotionnellement.

La défunte, 39 ans, héroïne d’avoir protégé sa fille, fera son dernier voyage de retour en compagnie des anges.

François

manant-manambondro-4x4 malgache

manant-manambondro-4×4 malgache

Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

Manantenina-des enfants pauvres mais souriants

manantenina-une maison de pauvres financée par la communauté

manantenina-une maison de pauvres financée par la communauté

Manantenina-l'école publique

Manantenina-l’école publique

Manantenina-mon pilote raymond

Manantenina-mon pilote raymond

manantenina-le dispensaire du centre

manantenina-le dispensaire du centre